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20 November 2006 by Olivier Zara.
Rien ne destinait les blogs à produire de l’intelligence collective …ni même de l’intelligence individuelle ! A la base, c’est un journal intime en ligne dans lequel on peut partager les choses qu’on a envie d’exprimer sur sa vie. L’outil lui même (le blog) n’est rien d’autre qu’un outil de publication en ligne pour utilisateurs sans connaissance technique. Par rapport à d’autres outils permettant de gérer la créativité ou des discussions, le blog apparaît simpliste et inefficace.
Pourtant, comme souvent avec les technologies, les usages sont passés par là et on peut aujourd’hui dire que les blogs, tout comme les wiki (outil d’écriture collective, une sorte de blog collaboratif), ont créé des espaces d’intelligence collective. L’outil étant simple et simpliste, quand on mesure les efforts déployés et le temps passé, on ne peut pas dire que ce soit très efficace, mais le résultat est là !
Quatre éléments ont permis aux blogs de sortir du journal intime égocentrique :
- une masse très importante de blogs qui forment ensemble une blogosphère
- de plus en plus de blogs utilisés par des experts, leaders d’opinion, journalistes,…
- des technologies connexes qui ajoutent un peu de structure et d’ordre dans le chaos, en particulier grâce au système des tags (folksonomie) et aux moteurs de recherche spécialisés sur les blogs.
- une démarche communautaire (le “Blogroll”) qui fait que les experts d’un même domaine se regroupent en faisant des liens entre leurs blogs respectifs. Non seulement, ils augmentent leur rang d’apparition dans les résultats d’une requête sur Google, mais en plus ils permettent aux visiteurs d’accéder plus facilement à d’autres sources d’informations sur le même thème.
Cependant, il est vrai que la plupart du temps, un blogueur n’est pas un expert et que la très grande majorité des blogs sont des journaux intimes. Il faut donc distinguer 2 blogosphères :
1. La blogosphère des journaux intimes où l’on raconte sa vie. Pas besoin d’être un expert pour raconter mavie.com, ni de savoir écrire. Exhibitionnisme ou ego-trip si on veut critiquer. Besoin de partage, d’appartenance, de reconnaissance si on veut positiver et montrer l’utilité sociale.
2. La blogosphère des experts, leaders d’opinion, journalistes, des “professionnels amateurs” (voir Wikipedia pour ce concept), des cybercitoyens et cyberpoliticiens, qui produisent des contenus et réfléchissent ensemble sur divers sujets. L’ego-trip n’est pas forcément absent mais il y a une dynamique collective plus marquée. Cette blogosphère contribue au développement de l’intelligence collective car il s’agit d’un espace à part entière de partages des connaissances et d’échanges à travers les commentaires fait sur les billets.
Ces 2 blogosphères sont mélangées puisqu’on ne parle en général que de LA blogosphère. D’où un certain nombre de critiques liées à cet amalgame :
- l’infobésité, mais les moteurs de recherche sont là pour permettre de choisir la blogosphère dans laquelle on veut attérir !
- l’émotionnel, qui aboutit à des vagues d’indignation qui ne sont pas forcément fondées dans les faits, mais je ne pense pas que les blogs créent plus ou moins de vagues d’indignation que les médias traditionnels. Par ailleurs, réagir émotionnellement, n’est-ce pas le propre de l’humain ? Pourquoi s’en indigner sur Internet plus que dans le monde réel ?
- les manipulations, mais elles font partie de notre quotidien. Le blog est un outil comme un autre au service de manipulateurs. ça les rend peut-être plus performants mais ça n’augmente pas forcément la quantité des manipulations que nous subissons…
- l’individualisme, mais les blogs ne modifient pas la réalité. Ils ne font que la photographier ! Cela n’augmente pas l’individualisme, ça l’explicite, ça le rend visible ! Par ailleurs, le “Je” et le “Nous” sont les 2 dimensions importantes de notre vie (l’individuel et le collectif). Il est vrai que si “Je” oublie “Nous”, c’est dangereux car cela génère de l’irresponsabilité collective. Mais quoi de plus normal pour un expert, un leader d’opinion, d’affirmer son opinion avec un “Je” ? Est-on toujours un leader ou un expert quand on dit : “On pense que…” ?
En conclusion, les blogs sont un média alternatif, interactif et participatif qui s’imbriquera progressivement avec les médias traditionnels. A terme, ils se renforceront mutuellement dans une dynamique d’info-diversité qui favorisera le développement de l’intelligence collective car le blog répond au besoin humain de liberté d’expression individuel. Et bien que le blog ne soit pas conçu pour gérer la dimension collective, il n’est pas impossible que les usages actuels, et surtout futurs, permettent de créer une certaine forme d’auto-organisation dans des communautés d’intérêts.
N’ayant scandaleusement lu aucun livre sur le thème des blogs ou wikis (… par manque de temps et non par manque d’intérêt), j’ai écrit ce billet à partir de mes observations, d’articles de presse, de mon intuition, d’échanges avec mon ami Eric Seulliet et surtout du contenu publié sur l’espace ConstellationW de Michel Cartier qui m’a beaucoup inspiré (cf. newsletter du 24 octobre 2006, voir www.constellationw.com ). J’attends avec impatience vos critiques sur ce billet pour former et déformer la suite de ma réflexion sur le sujet ![]()
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20 November 2006 by Olivier Zara.
Voici ce que Norbert Bolz, philosophe allemand spécialiste des médias a écrit en août 2006 au sujet des nouveaux médias comme les blogs : « Les nouveaux médias offrent un nouveau terrain à l’exhibitionnisme facile… Les barrières de la pudeur tombent… Sur Internet, c’est l’opinion de toutes sortes de personnes qui prévaut, dont très peu sont des experts… Les gens deviennent de plus en plus des idiotae – comme disait au Moyen Age Nikolaus von Kues [1401-1464, cardinal allemand et grand esprit] –, ils se contentent de leur opinion et n’écoutent pas les lettrés. »
Les blogs ouvriraient donc la voie selon lui à l’ochlocratie, c’est-à-dire un gouvernement par la foule (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Ochlocratie ).
Je suis bien sûr consterné par ce texte qui laisse penser que les intellectuels se sentent menacés par les technologies de l’information en général, et les blogs en particulier. C’est leur monopole de l’intelligence qui disparaît progressivement.
A mon avis, Norbert Bolz souhaite maintenir l’état actuel du monde qui repose sur 2 principes :
- il faut des idiots pour que les intellectuels existent
- il faut beaucoup d’idiots, qui deviennent la masse, pour que les intellectuels deviennent l’élite. Etre un intellectuel permet ainsi de faire partie d’une élite qui monopolise le droit à l’intelligence.
A l’inverse, si on reconnaît le principe d’une diversité d’intelligences, si on pense que chacun apporte une valeur ajoutée à sa manière dans ce qu’il fait ou ce qu’il dit, si on admet que chacun à des forces et des faiblesses tant au niveau de ses connaissances que de ses intelligences, alors tout le monde devient plus ou moins intellectuel et l’élite n’est plus une élite ! La pyramide hiérarchique qui irrigue nos cultures s’effondre et laisse place à la transversalité (fonctionnement en mode projet, décloisonnement des modes de communication et de collaboration,…) et au management de l’intelligence collective, qui ne remet pas en cause la répartition du pouvoir mais son exercice. L’objectif du management de l’intelligence collective n’est pas de donner un pouvoir égal à tous, mais d’inciter ceux qui ont le pouvoir à mobiliser toutes les intelligences et les connaissances de chacun.
Dans la même logique, la revue “Sciences Humaines” a publié un dossier sur l’intelligence collective dans le numéro 169 de mars 2006. Ce dossier titre “Intelligence collective, mythe et réalité” et on s’attend donc à trouver des contenus équilibrés entre le mythe et la réalite. Mais, à l’exception de l’article de Dominique Cardon sur l’innovation collective, les articles proposés cherchent à démontrer que c’est un mythe. Pour 1 contenu favorable à l’intelligence collective, on trouve 10 réserves ou arguments défavorables. L’article “Prend-on de meilleures décisions à plusieurs ?” de Christian Morel montre que les décisions collectives peuvent conduire à des catastrophes en oubliant de dire que les décisions individuelles en créent probablement encore bien plus. A la fin de l’article, on ne sait plus très bien ce qu’il faut retenir, sauf peut-être qu’une erreur individuelle est moins grave qu’une erreur collective ! On nous parle bien de “réflexion à plusieurs”, mais pour mieux créer la confusion entre “prise de décision” et “réflexion menant à la décision” (la réflexion pouvant être collective et la décision solitaire).
L’intelligence collective semble donc être perçue par les experts, universitaires ou intellectuels comme une menace. L’intelligence, c’est quand même leur fond de commerce ! Mais, les attaques sont souvent implicites, sournoises, cherchant à semer le doute et la confusion, car si elles devaient devenir explicites, alors il faudrait répondre à cette question : si l’intelligence collective est un mythe, est-ce que cela signifie que la connerie collective est une réalité ?
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